Arthur H. et Thi Mai Nguyen, danseuse-chorégraphe
Le goût des livres - Page 19
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Bon dimanche
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On était des loups
"C'est étrange que je n'aie jamais eu peur de rien, la nuit l'avenir les bagarres ou les bêtes sauvages, alors qu'un gosse ça ne passe pas. Je ne sais pas comment lui parler, comment le nourrir, ou mettre les mains pour le porter. Maintenant je regarde ces années d'Ava j'aurais pu en profiter pour apprendre, mais non. Puisqu'elle le faisait moi je n'avais pas besoin. Il y a plein de choses, c'est quand tu n'as plus le choix que tu t'y mets et pourtant ça ne veut pas dire que tu ne vas pas les aimer. Tout ça je n'arrive pas à l'expliquer à Aru, j'ai l'impression de chercher des excuses et des excuses je n'en ai pas".
J'ai abandonné la lecture de Sandrine Collette après "les larmes noires sur la terre". Trop de malheurs accumulés, trop de noirceur, pas la moindre lueur d'espoir nulle part, bref trop c'est trop.
Je n'avais pas été tentée de reprendre depuis, jusqu'à son dernier passage à la Grande Librairie où j'ai entendu qu'elle s'était adoucie, que son nouveau roman était moins noir que les précédents etc .. Elle a été suffisamment éloquente pour que je me lance.
Le verdict ? C'est vrai que la noirceur est moins assumée jusqu'au bout, mais ce n'est pas une bluette non plus. Le personnage principal, Liam, vit dans un pays non précisé, dans une région montagneuse loin des hommes. Il vit de chasse, de ce que la nature lui offre et est heureux quand il rentre de trouver sa femme Ava à la maison.
Ava partage sa manière de vivre ; elle veut cependant un enfant. Liam n'est pas trop d'accord mais elle l'a à l'usure. Il accueille la naissance d'Aru sans déplaisir, sans être tellement concerné non plus. C'est l'enfant d'Ava.
Et puis c'est l'accident imprévu. Ava meurt et Liam doit envisager de changer radicalement de vie pour s'occuper d'Aru, qui a cinq ans. C'est la panique, il n'en veut pas. Il entreprend un voyage de quelques jours pour le confier à son oncle et à sa tante. Il se heurte à un refus, l'oncle lui signifiant clairement qu'Aru a un père et que c'est à lui de le prendre en charge.
A partir de là, Liam entreprend une errance du côté d'un lac où il avait promis d'emmener Ava, ce qu'il n'a jamais fait. Ça tourne en rond dans sa tête et ce n'est pas joli-joli. Le pauvre petit Aru s'adapte comme il peut à ce père sombre et imprévisible.
Je ne vais pas vous en dire plus ; c'est un roman qui se lit facilement, qui est prenant, malgré le côté antipathique du narrateur, une brute épaisse tout de même. Le récit est nerveux, des phrases courtes, la tension permanente, il y a du savoir-faire.
Je ne regrette pas de l'avoir lu, sans que ce soit non plus un coup de coeur.
L'avis de Alex Krol Pativore Sandrion
Sandrine Collette - On était des loups - 208 pages
Editions Lattès - 2022 -
Un pays de neige et de cendres
"Après notre départ, Heiskanen m’a posé des questions sur Koskela. J’ai marmonné indistinctement, pressé de changer de sujet. La bonne femme same que nous venons de quitter est une Lapone typique. Petite, quasi naine, et très superstitieuse ; j’ai du mal à comprendre qu’elle s’entende bien avec les nazis.
- Pas si bien que ça, a nuancé Keiskanen.
- Il paraît que les nazis sont réservés vis-à-vis des Sames. On leur a appris que ces peuples primitifs de cueilleurs du Grand Nord sont des marginaux, extérieurs à la civilisation véritable. Ils sont considérés comme une anomalie pathologique résultant de facteurs environnementaux".
Deux récits se croisent dans ce premier roman d'une jeune autrice finlandaise. Tout d'abord, un camp de prisonniers, en 1944, en Laponie finlandaise, tenu par les Allemands, où cohabitent avec difficulté, Finlandais, Allemands et Sames.
Puis, en 1947, la venue à Enontekiö d'Inkeri, officiellement venue photographier la reconstruction de la Laponie, mais officieusement à la recherche de son mari, disparu dans ce camp de prisonniers.
La situation est compliquée, en 1947, personne ne veut plus admettre l'existence de camps ; il y a ceux qui ont cru à la grande Finlande et oeuvré avec les Allemands à une certaine purification de la race. Ceux qui ont essayé de lutter contre la barbarie du camp, sentant la situation leur échapper.
En 1944, les conditions de détention dans le camp sont inhumaines, un nouveau gardien observe et essaie de comprendre les règles. Un détenu attire son attention, il bénéficie d'un régime particulier, incompréhensible. Il y a aussi la femme Same, que l'on nomme "la saigneuse" dont le rôle est flou. On sent un certain climat de folie régner, il faut se méfier de tout et de tous.
Lorsque trois ans après, Inkeri débarque sur les lieux, non seulement personne n'est prêt à l'aider, mais tout sera fait pour lui mettre des bâtons dans les roues. Il y a des vérités qui ne doivent pas se faire jour. Elle intervient à l'école du village où une jeune Same, Bigga-Marja, attire son attention. Elle semble en savoir plus qu'elle ne le dit.
C'est une lecture qui m'a rappelé le contexte de "Purge" de Sofi Oksanen. Ici, plus nous avançons plus les liens entre les uns et les autres deviennent compliqués. Au lieu de se clarifier, la situation s'envenime. Aux horreurs du camp, se mêlent des rivalités amoureuses.
Tous les noeuds ne seront pas dénoués à la fin du roman, est-ce seulement possible. Je l'ai lu comme un thriller, de plus en plus soucieuse de comprendre ce qui avait pu se passer.
C'est un livre que je recommande. Toutefois, il n'est pas superflu de réviser un peu l'histoire de la Finlande pendant la guerre pour avoir quelques repères. (voir billet de Miriam).
Avec ce roman, je participe à deux challenges. Celui de Céline sur les auteurs scandinaves et celui d'Ingannmic sur les minorités ethniques.
L'avis de Choupynette Doudoumatous ClaudiaLucia Luocine Miriam
Petra Rautiainen - Un pays de neige et de cendres - 320 pages
Traduit du finnois par Sébastien Cagnoli
Editions du Seuil - 2022 -
Bon dimanche
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Merel
Merel est une quadragénaire qui vit dans un village de Flandre où elle connaît tout le monde depuis l'enfance. Correspondante d'un journal local, elle est impliquée également dans le club de football. Elle vit seule, n'a pas d'enfant, ne demande rien à personne. Elle passe de bons moments avec son jeune amant et ne lui en demande pas davantage. Elle a une passion pour les canards d'ornement, qu'elle élève avec amour. Bref, tout va bien.
Jusqu'au jour où ... une blague malencontreuse au café du village et c'est la catastrophe. Ce qui aurait fait rire tout le monde venant d'un homme est inacceptable venant d'elle. A son insu, elle vient de déclencher une opération de malveillance et de harcèlement majeure.
La rumeur se répand qu'elle couche avec tous les hommes passant à sa portée, tous ces faits et gestes sont observés, détournés et revus à l'aune du jour. Une bande de garnements à l'affût de bêtises à faire décident d'y mettre leur grain de sel et de lui faire peur en permanence.
La machine est lancée, rien ne l'arrêtera. Seul un enfant, Fynn, pris malgré lui dans ce chaos, se pose la question de ce qu'elle a vraiment fait Merel, il ne la trouve pas méchante et va s'efforcer de l'aider.
Ah la belle vie fantasmée à la campagne, elle en prend un coup. Nous avons ici un condensé de la méchanceté à l'oeuvre lorsque vous vivez dans un microscome où tout le monde s'observe à la loupe. Merel va passer par tous les états, malgré tout elle ne veut pas céder à la panique, mais y arrivera-t'elle ?
Ce qui est frappant dans cet album c'est la rapidité avec laquelle ce type de rumeur et de harcèlement se répand et monte en violence. Le phénomène de groupe joue à fond, chacun a une bonne raison d'en rajouter. Et puis une femme qui vit aussi librement, c'est suspect n'est-ce-pas ..
Comment les évènements vont-ils pouvoir évoluer ? Un peu trop gentiment à mon goût peut-être avec ce qui a précédé, mais c'est juste une opinion personnelle.
Je ne suis pas fan du graphisme, les traits sont épais. Le plus important c'est qu'il s'agit d'un premier album d'une jeune autrice belge très réussi par ailleurs, sur un sujet brûlant.
Merci à Masse critique et aux Editions Dupuis
Clara Lodewick - Merel - 160 pages
Editions Dupuis - 2022 -
Bonne année !
Je vous souhaite une bonne année 2023, que vos désirs se réalisent, en espérant plus de paix par ailleurs.
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Je lis, donc je suis
Un titre en forme de déclaration aussi péremptoire me fait rire. Ceux qui ne lisent pas ne seraient donc pas ? allons donc .. mais quelque part, c'est un plus me semble-t'il. Toujours est-il que je me suis livrée au jeu rituel de fin d'année. Je rappelle la règle. Répondre aux questions en utilisant uniquement les titres de livres lus en 2022. Et voici le résultat.
Décris-toi ...
La femme du deuxième étage
Comment te sens-tu ?
Résistante
Décris où tu vis actuellement ...
La guinguette à deux sous
Si tu pouvais aller où tu veux, où irais-tu ?
Le sanctuaire
Ton moyen de transport préféré ?
Maritimes
Ton/ta meilleur(e) ami(e) est ...
La belle de Joza
Toi et tes amis vous êtes ...
Les gens des collines
Comment est le temps ?
Blizzard
Quel est ton moment préféré de la journée ?
Au commencement du septième jour
Qu'est la vie pour toi ?
La vie obstinée
Ta peur ?
L’inconnu de la forêt (billet à venir)
Quel est le conseil que tu as à donner ?
Tenir sa langue
La pensée du jour ...
Tout est possible
Comment aimerais-tu mourir ?
Au nom du bien
Les conditions actuelles de ton âme ?
La douceur de l’eau
Ton rêve ?
La brillante destinée d’Elizabeth Zott
A qui le tour ?
Henri le Sidaner -
Bon dimanche et Bon Noël
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Joyeux Noël
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Pause, suite ..
Une panne d'ordinateur s'en est mêlée ces derniers jours, prolongeant ma pause. Je l'ai récupéré hier soir, en bon état de marche, ouf ! Je ne reviens pas pour autant, je pars maintenant huit jours du côté des châteaux de la Loire.
Les photos d'Eimelle me font rêver depuis plusieurs années, je vais enfin pouvoir admirer sur place.
Après, promis, le blog reprend, les lectures s'accumulent (paresseuses les lectures ..).
A bientôt.