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Le goût des livres

  • Retour à Lake Grove

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    "Cette soirée était loin d'être son seul trou noir. Mais le premier à la pousser à prendre pleinement conscience qu'elle était capable de faire des choses dont elle ne se souviendrait pas le lendemain et qui pourraient fondamentalement changer la perception que la personne qu'elle aimait avait d'elle. Elle ne se souvenait plus des évènements qui avaient brisé leur couple. Comment était-ce possible ? Où était-elle, Jane, à ce moment-là ?"

    Jane a 39 ans lorsqu'elle revient à Awadapquit, dans le Maine, pour vendre la maison de sa mère qui vient de mourir. Un refuge qui arrive à point pour elle, complètement perdue après une soirée trop arrosée où elle a perdu à la fois son mari et son travail. Elle était archiviste à la bibliothèque d'Harvard, un boulot qu'elle adorait. 

    Nous allons la suivre dans son long chemin pour admettre et comprendre ce qui lui est arrivé, ce qu'elle n'a pas voulu voir et ce qui est irrémédiablement perdu. 

    Les thèmes sont presque trop nombreux, ils se croisent au fil des chapitres, jouant avec les époques et les personnages. Il y a d'abord l'alcoolisme presque transmis. La mère de Jane, sa soeur et probablement sa grand-mère chérie, toutes en sont ou en ont été victimes.

    Puis, les recherches autour d'une maison abandonnée qui servait de refuge à Jane lorsqu'elle était ado et qu'elle ne supportait plus sa mère encore trop saoule. Cette magnifique maison victorienne vient d'être rachetée par Geneviève, une femme futile, occupée principalement à dépenser l'argent de son mari. Jane va reconstituer son histoire, remontant au peuple autochtone, les Abénaquis, qui occupaient la terre à l'arrivée des premiers blancs. Elle va s'efforcer d'empêcher que Geneviève n'y fasse trop de dégâts et ne détruise pas ce qui en fait l'âme.

    En parlant d'âme, le spiritisme occupe une part non négligeable dans le récit, même si Jane n'y croit pas une seconde. Encore que .. elle doit bien reconnaître quelques phénomènes troublants.

    C'est un roman qui se déroule sur un rythme lent, mais pas ennuyeux. Quelques longueurs cependant, principalement sur l'histoire de la maison, très fouillée et documentée. Au passage j'ai appris l'existence des "Shakers", communauté dont je n'avais pas entendu parler.

    C'est féroce et sans concession sur la mentalité des conquérants qui ont bâti leur fortune en s'attribuant sans vergogne ce qui appartenait à d'autres, les réduisant à l'esclavage et développant un racisme sans complexe. Ce qui n'est pas sans écho de nos jours.

    Cependant, l'autrice ne perd pas de vue Jane, qui jour après jour, essaie de reconstituer son parcours, en essayant de repérer ses failles, ses erreurs, persuadée au début qu'elle pourra recoller les morceaux. La prise de conscience qu'elle a cette fois-ci dépassé toutes les bornes se fera dans la douleur et le désarroi. Elle est parfois agaçante Jane, mais attachante aussi et courageuse.

    Ce n'est pas un livre triste, l'humour est là, les personnages, majoritairement féminins, finement décrits. Une mention spéciale au mari de Jane, patient et présent au delà du supportable.

    Une histoire dense, que l'on ne lâche pas.

    Sur le blog : Maine Les débutantes

    Courtney J. Sullivan - Retour à Lake Grove - 480 pages
    Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Caroline Bouet
    Les Escales - 2025

  • Bon dimanche

    Nous sommes le 8 mars, Journée Internationale des Droits des Femmes. J'ai une pensée particulière pour les femmes qui vivent dans des zones de conflits et souffrent encore plus que d'habitude.

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  • Le mal en personne

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    "De la terre s'effondra des bords lorsqu'il souleva le sac et le posa au centre de la bâche. Wisting eut le temps d'apercevoir encore du plastique dans le trou. Il regarda Line, puis l'objectif en se disant qu'il aurait voulu qu'elle ne soit pas là. Ils savaient tous ce qu'ils allaient trouver et il aurait préféré qu'elle n'y assiste pas".

    Ce polar norvégien fait partie d'une série. C'est le 7e. J'ai lu les 6 précédents il y a deux ans, les uns derrière les autres (pas de billets). Je sortais d'une période sans lecture. J'ai pu reprendre doucement, avec l'Inspecteur Wisting ; ce sont des romans faciles à lire, agréables, avec un enquêteur normal, ni alcoolique, ni caractériel, ni borderline ... 

    La trame est toujours un peu la même. Le commissaire enquête sur une affaire et rapidement sa fille, Line, enquête de son côté en tant que journaliste. Il y a toujours un moment ou la fille se met en danger et où le père vole à son secours.

    Au sixième épisode, un peu lassée par le procédé, j'ai lâché la série et je suis passée à autre chose. Le temps passant, j'ai eu envie de retourner en Norvège, de retrouver Wisting et son équipe. Voir comment les policiers travaillent, comment la police est structurée en Norvège n'est pas sans intérêt. 

    Ici, nous entrons directement dans l'action avec la reconstitution d'un meurtre. Tom Kerr, emprisonné pour avoir violé, tué et torturé plusieurs jeunes filles, a accepté de dévoiler l'endroit où est dissimulé le corps de sa dernière victime.

    L'inspecteur William Wisting n'est pas le principal organisateur de la reconstitution, mais il la dirige. Il est donc directement mis en cause lorsque Tom Kerr parvient à s'évader sans laisser de traces.

    Sa fille Line est présente également, elle filme la reconstitution pour la police.

    C'est parti pour une traque pleine de rebondissements et de surprises. A commencer par Wisting qui apprend que la reconstitution était en réalité destinée à faire sortir du bois un complice de Tom Kerr, aussi cruel que lui et dont l'identité est inconnue.

    Nous avons donc la recherche de deux types très dangereux, les problèmes de Wisting avec sa hiérarchie et les medias sous pression. De plus, il est inquiet de voir sa fille mêlée à l'histoire. 

    Le titre dit bien à quel point il est question ici de mal absolu, les deux assassins ne reculant devant aucune atrocité, sans la moindre empathie. Les tentatives d'explications psychologiques sont assez développées, sans être satisfaisantes.

    J'ai eu quelques soupçons pendant ma lecture, mais je ne m'attendais pas au tournant final. Le suspense est fort et les derniers chapitres se dévorent.

    J'ai eu l'impression que cette histoire-là était plus violente que les précédentes, avec des descriptions dont je me serais bien passée. Ce qui ne m'a pas empêchée d'apprécier l'ensemble.

    La série, dans l'ordre :

    - Fermé pour l'hiver
    - Les chiens de chasse
    - L'ursurpateur
    - Le disparu de Larvik
    - Le code de Katharina
    - La chambre du fils
    - Le mal en personne
    - Le dossier 1569
    - La dernière enquête
    Il est à noter que la série n'a été traduite en français qu'à partir de la septième enquête. Les six premières ne sont donc pas disponibles (et je me demande pourquoi).

    L'avis de Géraldine Keisha

    Challenge "Un hiver polar"

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    Jørn Lier Horst - Le mal en personne - 416 pages
    Traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier
    Folio - 2025

  • Nos espérances

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    "Elles ont fait des erreurs mais rien de fatal. Elles ne sont plus jeunes, mais ne sentent pas vieilles. La vie est encore malléable et pleine de potentiel. L’entrée des chemins qu’elles n’ont pas empruntés ne s’est pas encore refermée.
    Il leur reste du temps pour devenir celles qu’elles seront."

    De cette autrice, j'ai aimé "Le chagrin des vivants" et encore plus "La salle de bal". Je n'ai pas continué, sans raison particulière, aussi n'ai-je pas hésité à emprunter "Nos espérances" lorsque je l'ai vu à la bibliothèque.

    Le roman suit le parcours de trois jeunes femmes dans la trentaine, autour des années 1990-2010. Trois Londoniennes, Hannah, Cate et Lissa. 

    La construction est classique, chaque chapitre change de personnage et d'époque, sans que ce soit difficile à suivre. Nous faisons la connaissance des trois filles lorsqu'elles sont étudiantes avec l'avenir devant elle et de grandes ambitions.

    Dix ans plus tard, la réalité est quelque peu différente, pourtant les amies sont toujours là malgré les affrontements, les faux-pas, les jalousies, les ruptures.

    Hannah essaie en vain d'avoir un enfant et sabote son couple à force de FIV de moins en moins acceptées par son compagnon. A l'inverse, Cate, jeune maman, vit douloureusement une dépression post-partum où elle se débat sans arriver à cerner son malaise.

    Lissa, la plus belle des trois, persuadée qu'elle deviendra une grande actrice, n'a pas vraiment décollé et arrive à un moment crucial où elle se demande si elle doit continuer ou passer à autre chose.

    Je me suis vite attachée aux trois filles, même si cette génération est assez loin de la mienne. Leurs questionnements sont bien vus, les ressorts psychologiques finement décrits. 

    Un autre aspect de l'histoire est la relation mère-fille, difficile pour les trois. Hannah constate à la fin du roman que l'on ne retourne pas à l'insouciance de sa prime jeunesse et qu'il faut faire avec les déceptions et les renoncements qui suivront fatalement. Regarder devant et avancer.

    Ce n'est pas un grand livre, mais une lecture agréable, centrée sur les personnages féminins même si les hommes n'en sont pas absents. Juste une remarque, j'ai été lassée de voir les filles boire autant. L'alcool coule pour un oui, pour un non, jusqu'à ce quelles soient saoules. Evidemment, ça leur vaudra quelques déconvenues et scènes explosives.

    L'avis de Dasola Kathel Luocine

    Anna Hope - Nos espérances - 400 pages
    Traduit de l'anglais par Elodie Leplat
    Folio - 2021

  • Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l'ouest par des chemins, à l'est par un cours d'eau (Abandon)

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    Habituellement je ne mentionne pas mes abandons de lecture puisque je ne suis pas allée au bout. Si j'évoque celui-ci, c'est que je m'étais engagée dans une lecture commune sur László Krasznahorkai, Prix Nobel de littérature 2025 et que j'avais ce titre dans ma PAL.

    J'ai abandonné à une soixantaine de pages, je n'étais pas la bonne lectrice ou ce n'était pas le bon moment.

    Ce ne sont pas les longues phrases qui m'ont posé problème, la beauté de l'écriture est indéniable, mais il m'a manqué une histoire à laquelle m'accrocher. Le fil conducteur de  la quête d'un jardin mythique quelque part dans un monastère japonais ne m'a pas suffit. Je me sentais dans un brouillard qui me perdait de plus en plus. Je n'ai pas insisté.

    L'avez-vous lu ? Avec vous des conseils à me donner pour tenter un autre titre ? 

    Lecture commune avec Cleanthe Ingannmic Keisha Sybilline Virginie Vertigo

    László Krasznahorkai - Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l'ouest par des chemins, à l'est par un cours d'eau - 192 pages
    Traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly
    Babel - 2017

  • Rosá & Björk

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    "Le sang bouillonnait dans ses veines. Le froid était suivi d’une chaleur réconfortante. Nager dans la mer avait remédié à la sensation de pesanteur qui flottait en elle. Elle plia sa serviette, la reposa sur le banc en bois et s’assit un instant dans l’air froid. La sensation du vent contre sa peau refroidie par l’eau de mer était agréable." 

    Retour en Islande, dans les fjords de l'ouest, avec Hildur l'inspectrice de police et son adjoint finlandais, Jakob Johanson. Facile à reconnaître, c'est lui qui tricote pour se détendre ou réfléchir. Accessoirement il fait de très beaux pulls.

    J'avais aimé la première enquête, Hildur, et m'étais attachée rapidement aux policiers, tourmentés tous les deux par des problèmes personnels envahissants. 

    Pour Hildur, c'est la disparition de ses deux petites soeurs lorsqu'elle était enfant qui la taraude. Dans la première enquête, elle pensait retrouver leurs traces et peut-être résoudre le mystère de leur volatilisation, sans avoir laissé le moindre indice.

    Quant à Jakob, il se bat pour avoir le droit de parler à son fils, resté en Finlande, avec sa mère, après leur séparation. Son ex-femme fait tout pour le soustraire à ce droit, jusqu'au renoncement de Jakob. Ce qu'il n'a pas l'intention de laisser faire.

    lls en sont là lorsqu'un homme politique très influent est tué et à en croire son entourage, nombreux sont ceux (ou celles) qui avaient de bonnes raisons de souhaiter sa mort. Plus tard, ils s'apercevront que la mort d'un pilote d'avion, attribuée à un accident, est en fait liée à celle du politicien.

    J'avoue m'être plus intéressée à la vie privée d'Hildur et Jakob qu'aux problèmes politiques du fjord. Hildur se sent assez invincible par certains côtés, et les scènes où elle nage dans une eau glacée et trop agitée sont assez marquantes, brrrrrr.

    Jakob est plus calme, mais son désespoir de père fait peine à voir. Heureusement qu'une certaine mercière du village est là maintenant pour le soutenir.

    Tout cela pourrait gentiment ronronner, mais l'autrice m'a réveillée d'un seul coup avec la disparition de ses petites soeurs. Elle nous entraîne sur une piste que je n'avais vraiment pas vu venir et qui me fait déjà attendre avec impatience le troisième tome de la trilogie.

    En résumé, une équipe qui tient la route, des personnages qui prennent de l'épaisseur et le problème des violences faites aux femmes en toile de fond. Et bien sûr, la rudesse du climat des fjords de l'Ouest, qui donnent vite une sensation d'isolement total.

    L'avis de Dasola Eimelle

    Participation à Un hiver polar (Scandinavie, féminicide, arme à feu, jalousie)

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    Participation à Escapades en Europe, chez Cleanthe

    L'autrice, d'origine finlandaise, est installée depuis longtemps en Islande.

    Satu Rämö - Rosá & Björk - 432 pages
    Traduit du finnois par Aleksi Moine
    Editions du Seuil - 2025

  • L'appel des hauts

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    "A force de dévaler ses pentes, d'arpenter ses sentiers, de cueillir ses fruits, Karol s'est attaché à la montagne, lui qui n'avait vécu qu'en bord de mer. Il lui tarde de monter au lac, d'y reprendre sa place, leur place. C'est l'appel des hauts, lui avait dit François. Tu verras, à la fonte des neiges, quand tu entendras à nouveau l'eau chanter dans les torrents, tu ne résisteras pas".

    C'est une histoire simple qui nous est relatée ici, dans un pays d'alpages, aux paysages magnifiques, préservé de l'agitation ordinaire.

    Plusieurs personnes vont s'y croiser, ayant toutes une blessure intime qui les a poussées à s'éloigner de leurs contemporains. Karol est parti du bord de la Baltique, en Pologne, à pied, avec le but de rallier une autre mer, la Méditerranée. Peut-être la douleur qui le tenaille sera-t'elle moins forte après ce périple.

    Un soir, il s'arrête à l'auberge de Lise et François, non loin de la frontière italienne. Il doit y passer la nuit, il y restera tout l'été. Le couple tient l'auberge à la belle saison et redescend dans la vallée l'hiver, chez ses enfants.

    François a vu la souffrance de Karol. Il ne dit rien et se contente de l'emmener à la pêche, au bord d'un lac où dans le silence il lui apprend les gestes à faire. Karol y trouve de l'apaisement et ne reprend pas la route. Il apporte son aide lorsque l'auberge est pleine, Lise est contente d'avoir quelqu'un à gâter et François apprécie sa compagnie.

    Lorsque la fin de la saison arrive, Karol choisit de rester et de faire des petits boulots en bas, dans la vallée, les villageois ont appris à le connaître et il est hébergé par un patron, puis par la femme médecin du petit bourg, Martha, au caractère bien trempé.

    Il est toujours hanté par le drame qui l'a fait fuir et a hâte au printemps de retrouver son refuge à l'auberge et la vie qu'il y a menée l'année précédente.

    La deuxième saison amènera une autre estropiée de la vie dans les parages, une jeune femme farouche, Tala, à qui François portera secours. Ce qui n'ira pas sans quelques remous dans la petite communauté. 

    Mais nous sommes dans un roman qui célèbre surtout la beauté de la montagne, le calme, la contemplation, le respect de la nature et de son rythme. L'ensemble est bienveillant, les tensions ne s'éternisent pas, les noeuds peuvent se dénouer pour peu qu'on le veuille vraiment.

    C'est une histoire écrite avec délicatesse et qui me donne envie de découvrir les précédents romans de Sylvie Wojcik.

    Participation aux Gravillons chez Sybilline

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    Sylvie Wojcik - L'appel des hauts - 142 pages
    Editions Arlea - 2025