Nous sommes le 8 mars, Journée Internationale des Droits des Femmes. J'ai une pensée particulière pour les femmes qui vivent dans des zones de conflits et souffrent encore plus que d'habitude.

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Nous sommes le 8 mars, Journée Internationale des Droits des Femmes. J'ai une pensée particulière pour les femmes qui vivent dans des zones de conflits et souffrent encore plus que d'habitude.

"De la terre s'effondra des bords lorsqu'il souleva le sac et le posa au centre de la bâche. Wisting eut le temps d'apercevoir encore du plastique dans le trou. Il regarda Line, puis l'objectif en se disant qu'il aurait voulu qu'elle ne soit pas là. Ils savaient tous ce qu'ils allaient trouver et il aurait préféré qu'elle n'y assiste pas".
Ce polar norvégien fait partie d'une série. C'est le 7e. J'ai lu les 6 précédents il y a deux ans, les uns derrière les autres (pas de billets). Je sortais d'une période sans lecture. J'ai pu reprendre doucement, avec l'Inspecteur Wisting ; ce sont des romans faciles à lire, agréables, avec un enquêteur normal, ni alcoolique, ni caractériel, ni borderline ...
La trame est toujours un peu la même. Le commissaire enquête sur une affaire et rapidement sa fille, Line, enquête de son côté en tant que journaliste. Il y a toujours un moment ou la fille se met en danger et où le père vole à son secours.
Au sixième épisode, un peu lassée par le procédé, j'ai lâché la série et je suis passée à autre chose. Le temps passant, j'ai eu envie de retourner en Norvège, de retrouver Wisting et son équipe. Voir comment les policiers travaillent, comment la police est structurée en Norvège n'est pas sans intérêt.
Ici, nous entrons directement dans l'action avec la reconstitution d'un meurtre. Tom Kerr, emprisonné pour avoir violé, tué et torturé plusieurs jeunes filles, a accepté de dévoiler l'endroit où est dissimulé le corps de sa dernière victime.
L'inspecteur William Wisting n'est pas le principal organisateur de la reconstitution, mais il la dirige. Il est donc directement mis en cause lorsque Tom Kerr parvient à s'évader sans laisser de traces.
Sa fille Line est présente également, elle filme la reconstitution pour la police.
C'est parti pour une traque pleine de rebondissements et de surprises. A commencer par Wisting qui apprend que la reconstitution était en réalité destinée à faire sortir du bois un complice de Tom Kerr, aussi cruel que lui et dont l'identité est inconnue.
Nous avons donc la recherche de deux types très dangereux, les problèmes de Wisting avec sa hiérarchie et les medias sous pression. De plus, il est inquiet de voir sa fille mêlée à l'histoire.
Le titre dit bien à quel point il est question ici de mal absolu, les deux assassins ne reculant devant aucune atrocité, sans la moindre empathie. Les tentatives d'explications psychologiques sont assez développées, sans être satisfaisantes.
J'ai eu quelques soupçons pendant ma lecture, mais je ne m'attendais pas au tournant final. Le suspense est fort et les derniers chapitres se dévorent.
J'ai eu l'impression que cette histoire-là était plus violente que les précédentes, avec des descriptions dont je me serais bien passée. Ce qui ne m'a pas empêchée d'apprécier l'ensemble.
La série, dans l'ordre :
- Fermé pour l'hiver
- Les chiens de chasse
- L'ursurpateur
- Le disparu de Larvik
- Le code de Katharina
- La chambre du fils
- Le mal en personne
- Le dossier 1569
- La dernière enquête
Il est à noter que la série n'a été traduite en français qu'à partir de la septième enquête. Les six premières ne sont donc pas disponibles (et je me demande pourquoi).
L'avis de Keisha
Challenge "Un hiver polar"

Jørn Lier Horst - Le mal en personne - 416 pages
Traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier
Folio - 2025

"Elles ont fait des erreurs mais rien de fatal. Elles ne sont plus jeunes, mais ne sentent pas vieilles. La vie est encore malléable et pleine de potentiel. L’entrée des chemins qu’elles n’ont pas empruntés ne s’est pas encore refermée.
Il leur reste du temps pour devenir celles qu’elles seront."
De cette autrice, j'ai aimé "Le chagrin des vivants" et encore plus "La salle de bal". Je n'ai pas continué, sans raison particulière, aussi n'ai-je pas hésité à emprunter "Nos espérances" lorsque je l'ai vu à la bibliothèque.
Le roman suit le parcours de trois jeunes femmes dans la trentaine, autour des années 1990-2010. Trois Londoniennes, Hannah, Cate et Lissa.
La construction est classique, chaque chapitre change de personnage et d'époque, sans que ce soit difficile à suivre. Nous faisons la connaissance des trois filles lorsqu'elles sont étudiantes avec l'avenir devant elle et de grandes ambitions.
Dix ans plus tard, la réalité est quelque peu différente, pourtant les amies sont toujours là malgré les affrontements, les faux-pas, les jalousies, les ruptures.
Hannah essaie en vain d'avoir un enfant et sabote son couple à force de FIV de moins en moins acceptées par son compagnon. A l'inverse, Cate, jeune maman, vit douloureusement une dépression post-partum où elle se débat sans arriver à cerner son malaise.
Lissa, la plus belle des trois, persuadée qu'elle deviendra une grande actrice, n'a pas vraiment décollé et arrive à un moment crucial où elle se demande si elle doit continuer ou passer à autre chose.
Je me suis vite attachée aux trois filles, même si cette génération est assez loin de la mienne. Leurs questionnements sont bien vus, les ressorts psychologiques finement décrits.
Un autre aspect de l'histoire est la relation mère-fille, difficile pour les trois. Hannah constate à la fin du roman que l'on ne retourne pas à l'insouciance de sa prime jeunesse et qu'il faut faire avec les déceptions et les renoncements qui suivront fatalement. Regarder devant et avancer.
Ce n'est pas un grand livre, mais une lecture agréable, centrée sur les personnages féminins même si les hommes n'en sont pas absents. Juste une remarque, j'ai été lassée de voir les filles boire autant. L'alcool coule pour un oui, pour un non, jusqu'à ce quelles soient saoules. Evidemment, ça leur vaudra quelques déconvenues et scènes explosives.
L'avis de Dasola Kathel Luocine
Anna Hope - Nos espérances - 400 pages
Traduit de l'anglais par Elodie Leplat
Folio - 2021

Habituellement je ne mentionne pas mes abandons de lecture puisque je ne suis pas allée au bout. Si j'évoque celui-ci, c'est que je m'étais engagée dans une lecture commune sur László Krasznahorkai, Prix Nobel de littérature 2025 et que j'avais ce titre dans ma PAL.
J'ai abandonné à une soixantaine de pages, je n'étais pas la bonne lectrice ou ce n'était pas le bon moment.
Ce ne sont pas les longues phrases qui m'ont posé problème, la beauté de l'écriture est indéniable, mais il m'a manqué une histoire à laquelle m'accrocher. Le fil conducteur de la quête d'un jardin mythique quelque part dans un monastère japonais ne m'a pas suffit. Je me sentais dans un brouillard qui me perdait de plus en plus. Je n'ai pas insisté.
L'avez-vous lu ? Avec vous des conseils à me donner pour tenter un autre titre ?
Lecture commune avec Cleanthe Ingannmic Keisha Sybilline Virginie Vertigo
László Krasznahorkai - Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l'ouest par des chemins, à l'est par un cours d'eau - 192 pages
Traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly
Babel - 2017

"Le sang bouillonnait dans ses veines. Le froid était suivi d’une chaleur réconfortante. Nager dans la mer avait remédié à la sensation de pesanteur qui flottait en elle. Elle plia sa serviette, la reposa sur le banc en bois et s’assit un instant dans l’air froid. La sensation du vent contre sa peau refroidie par l’eau de mer était agréable."
Retour en Islande, dans les fjords de l'ouest, avec Hildur l'inspectrice de police et son adjoint finlandais, Jakob Johanson. Facile à reconnaître, c'est lui qui tricote pour se détendre ou réfléchir. Accessoirement il fait de très beaux pulls.
J'avais aimé la première enquête, Hildur, et m'étais attachée rapidement aux policiers, tourmentés tous les deux par des problèmes personnels envahissants.
Pour Hildur, c'est la disparition de ses deux petites soeurs lorsqu'elle était enfant qui la taraude. Dans la première enquête, elle pensait retrouver leurs traces et peut-être résoudre le mystère de leur volatilisation, sans avoir laissé le moindre indice.
Quant à Jakob, il se bat pour avoir le droit de parler à son fils, resté en Finlande, avec sa mère, après leur séparation. Son ex-femme fait tout pour le soustraire à ce droit, jusqu'au renoncement de Jakob. Ce qu'il n'a pas l'intention de laisser faire.
lls en sont là lorsqu'un homme politique très influent est tué et à en croire son entourage, nombreux sont ceux (ou celles) qui avaient de bonnes raisons de souhaiter sa mort. Plus tard, ils s'apercevront que la mort d'un pilote d'avion, attribuée à un accident, est en fait liée à celle du politicien.
J'avoue m'être plus intéressée à la vie privée d'Hildur et Jakob qu'aux problèmes politiques du fjord. Hildur se sent assez invincible par certains côtés, et les scènes où elle nage dans une eau glacée et trop agitée sont assez marquantes, brrrrrr.
Jakob est plus calme, mais son désespoir de père fait peine à voir. Heureusement qu'une certaine mercière du village est là maintenant pour le soutenir.
Tout cela pourrait gentiment ronronner, mais l'autrice m'a réveillée d'un seul coup avec la disparition de ses petites soeurs. Elle nous entraîne sur une piste que je n'avais vraiment pas vu venir et qui me fait déjà attendre avec impatience le troisième tome de la trilogie.
En résumé, une équipe qui tient la route, des personnages qui prennent de l'épaisseur et le problème des violences faites aux femmes en toile de fond. Et bien sûr, la rudesse du climat des fjords de l'Ouest, qui donnent vite une sensation d'isolement total.
Participation à Un hiver polar (Scandinavie, féminicide, arme à feu, jalousie)

Participation à Escapades en Europe, chez Cleanthe
L'autrice, d'origine finlandaise, est installée depuis longtemps en Islande.
Satu Rämö - Rosá & Björk - 432 pages
Traduit du finnois par Aleksi Moine
Editions du Seuil - 2025

"A force de dévaler ses pentes, d'arpenter ses sentiers, de cueillir ses fruits, Karol s'est attaché à la montagne, lui qui n'avait vécu qu'en bord de mer. Il lui tarde de monter au lac, d'y reprendre sa place, leur place. C'est l'appel des hauts, lui avait dit François. Tu verras, à la fonte des neiges, quand tu entendras à nouveau l'eau chanter dans les torrents, tu ne résisteras pas".
C'est une histoire simple qui nous est relatée ici, dans un pays d'alpages, aux paysages magnifiques, préservé de l'agitation ordinaire.
Plusieurs personnes vont s'y croiser, ayant toutes une blessure intime qui les a poussées à s'éloigner de leurs contemporains. Karol est parti du bord de la Baltique, en Pologne, à pied, avec le but de rallier une autre mer, la Méditerranée. Peut-être la douleur qui le tenaille sera-t'elle moins forte après ce périple.
Un soir, il s'arrête à l'auberge de Lise et François, non loin de la frontière italienne. Il doit y passer la nuit, il y restera tout l'été. Le couple tient l'auberge à la belle saison et redescend dans la vallée l'hiver, chez ses enfants.
François a vu la souffrance de Karol. Il ne dit rien et se contente de l'emmener à la pêche, au bord d'un lac où dans le silence il lui apprend les gestes à faire. Karol y trouve de l'apaisement et ne reprend pas la route. Il apporte son aide lorsque l'auberge est pleine, Lise est contente d'avoir quelqu'un à gâter et François apprécie sa compagnie.
Lorsque la fin de la saison arrive, Karol choisit de rester et de faire des petits boulots en bas, dans la vallée, les villageois ont appris à le connaître et il est hébergé par un patron, puis par la femme médecin du petit bourg, Martha, au caractère bien trempé.
Il est toujours hanté par le drame qui l'a fait fuir et a hâte au printemps de retrouver son refuge à l'auberge et la vie qu'il y a menée l'année précédente.
La deuxième saison amènera une autre estropiée de la vie dans les parages, une jeune femme farouche, Tala, à qui François portera secours. Ce qui n'ira pas sans quelques remous dans la petite communauté.
Mais nous sommes dans un roman qui célèbre surtout la beauté de la montagne, le calme, la contemplation, le respect de la nature et de son rythme. L'ensemble est bienveillant, les tensions ne s'éternisent pas, les noeuds peuvent se dénouer pour peu qu'on le veuille vraiment.
C'est une histoire écrite avec délicatesse et qui me donne envie de découvrir les précédents romans de Sylvie Wojcik.
Participation aux Gravillons chez Sybilline

Sylvie Wojcik - L'appel des hauts - 142 pages
Editions Arlea - 2025
"Un jour, les trois filles désormais adultes sont ensemble. D'une seule voix, à leur père qui habite le Sud et dont le passé semble enfoui, elles demandent : Raconte. Elles disent aussi : Emmène-nous, montre-nous ton pays. L'homme, solennel, répond : Ce qui m'est advenu quand j'étais enfant, je veux le transmettre. Puis il explique, se justifie, s'embrouille. Il n'a pas raconté, car il a bien peu interrogé sa grand-mère, ou sa mère. Avec la première il a manqué de patience, et avec la seconde, de temps."
Le thème de ce premier roman ne pouvait que m'attirer : une quête des origines, un pays d'Europe de l'Est, un voyage père-fille à la recherche d'un passé bouleversé par la deuxième guerre mondiale et une insurrection sanglante.
Je n'ai pas été déçue par cette sorte d'errance sur les lieux de l'enfance et de la jeunesse du père, Abram. Sa mémoire est fragmentaire, les lieux ont beaucoup changé, les frontières ont bougé, par exemple les terres ancestrales de la famille sont maintenant en Ukraine.
Sára, la narratrice, entremêle le voyage d'aujourd'hui aux déplacements passés de son père, Abram, au hasard des évènements familiaux ou politiques.
Ce n'est pas un récit linéaire, mais ressemble plutôt à une errance un peu floue, un lieu en rappelant un autre. Sára part parfois seule de son côté devant le refus du père de suivre, par fatigue ou peut-être peur de se confronter à des souvenirs trop douloureux. Cet aspect un peu brouillon reflète bien je pense le côté aléatoire d'une telle recherche. Des rencontres inattendues, d'autres émouvantes, une piste n'aboutissant nulle part, une autre rebondissant de manière inattendue ..
Le voyage commence à l'est de la Hongrie, à la frontière où était la propriété des parents d'Abram. Il a la joie de retrouver d'anciennes connaissances. Bien accueilli, l'ambiance se refroidit pourtant assez vite. Abram finit par comprendre que les paysans restés sur place ont peur qu'il réclame ses terres.
"Oui, Endre se souvient d'Anyja, sa mère. Il raconte qu'elle a gardé contact avec lui pendant près de quinze ans, par voie postale. Après. Après qu'ils étaient partis. La dernière fois qu'elle a donné de ses nouvelles, elle devait être opérée. Comment cela s'est-il passé ? Oui, comment, puisqu'il n'a pas eu de nouvelles ? Il hoche la tête. Il s'en était bien douté. Sára, sans rien comprendre à ce dialogue, devine, à observer les répétitions - échos répercutés de mots inconnus, de gestes ou de silences - que chacun conforte ce que dit l'autre, comme ce qu'il tait".
C'est l'occasion pour Abram de raconter à sa fille comment vivait la famille à l'époque, dans la belle maison à colonnes. Son père, sa mère, et ses deux grands-mères. Puis la guerre est arrivée, les Allemands d'abord, puis les Soviétiques qui ont commencé par distribuer la terre aux paysans et rendre la vie des "bourgeois" impossible. Première fuite de la famille.
Sára ne parle pas et ne comprend pas le hongrois, Abram traduit. Il ne se souvient plus toujours très bien des lieux où la famille est passée année après année. Ils sillonnent le pays d'Est en Ouest, jusqu'à la frontière autrichienne, là où il est passé en 1956, après l'insurrection qui avait soulevé tant d'espoir chez les Hongrois.
Sára a déjà entendu certaines histoires, d'autres par contre lui étaient inconnues. Elle respecte le rythme du père, ses silences, remplissant les vides de son imagination. Elle décrit le courage de la mère d'Abram, la vie clandestine du père qui s'est compromis aux yeux du pouvoir, la présence inamovible de sa grand-mère maternelle, prête à tout pour qu'il ait, lui, une vie meilleure. Et pour finir, la fuite à l'ouest où ils sont accueillis par la Suisse.
Les pages qui m'ont le plus tenue en haleine sont celles des journées d'insurrection en 1956 ou l'espoir est si fort, puis la fuite dans des conditions terribles, avec la peur constante d'être pris.
"Abram est préoccupé d'autre chose. Personne n'est parvenu à joindre Apja par téléphone, en dépit de plusieurs essais. Aussi cette nuit, il ne parvient pas à dormir. Et sa mère qui tente de scier les barreaux de fer, ne pourrait-elle pas arrêter ? Si les policiers se présentent, ce sera, dit-elle, à la porte de devant. En l'absence de barreaux nous pourrons fuir par la cour. De la rue où ils seront ils ne nous verront pas partir".
J'ai aimé l'atmosphère nostalgique qui plane sur ce roman aux forts accents autobiographiques. L'écriture est sensible, la musique accompagne souvent le père et la fille dans la voiture. Au fil de l'histoire on comprend mieux comment les évènements se sont enchaînés et ont pesé sur le destin de la famille.
Il m'a seulement manqué une carte de la Hongrie, avant et après la deuxième guerre mondiale, pour mieux suivre les déplacements d'Abram et Sára.
Une belle découverte.
Une interview de l'autrice ici
Merci à Masse critique (Babelio) et à l'éditeur.
Participation aux Gravillons

Dóra Kiss - En beaux caractères - 152 pages
Editions La Baconnière - 2026