"Il se passa la main sur le visage et se massa les tempes en avisant plus loin le panneau vantant la résidence en béton flambant neuve, cernée d'arbres luxuriants, d'eaux claires, sans oublier les montagnes au premier plan. Une image d'Epinal. Un mensonge. Etait-ce pour ça que Jeremiah était allé se battre à Khe Sanh ? Etait-ce pour ça que Carlos était mort au combat ? Non, ce n'était pas le genre de rêves qui lui avait permis de tenir à la guerre, ça, c'était une putain de certitude."
Voilà un premier roman d'un auteur américain qui m'a fait une forte impression. L'Amérique profonde, (ici l'Arkansas) la violence, le déclassement, les vengeances, j'ai déjà lu sur ces thèmes-là, mais j'ai été particulièrement impressionnée ici.
Peut-être parce que je me suis attachée tout de suite à certains personnages et en ai craint d'autres d'emblée, sentant venir les gros ennuis. L'histoire se révèle par bribes, des évènements du passé sont distillés progressivement, charge au lecteur de recomposer le passé et de recommencer à la révélation suivante, dans une configuration qui s'éclaire différemment plusieurs fois.
Tout d'abord, Jemeriah, vieil homme, grand-père de Jo, ancien combattant du Vietnam, revenu brisé de la guerre, il trouvera refuge dans la bouteille. Nous comprenons assez vite que le père de Jo, Jake, est en prison à vie pour meurtre. Jeremiah s'est juré de ne pas boire le temps d'élever sa petite-fille.
Jo a peu d'éléments sur ses parents, rien sur sa mère ou presque et guère plus sur Jake. Elle devient une jeune fille, ce qui ne manque pas d'inquiéter Jeremiah, qui n'a aucune envie de voir les garçons tourner autour d'elle. Jeremiah est propriétaire d'une casse automobile et possède un arsenal impressionnant. Il a appris très tôt à Jo à se servir des armes, au cas où elle aurait à se défendre.
Ce moment là viendra. En face, le clan de Bunn et sa famille attend l'heure de venger la mort d'un des leurs. Jo tombe amoureuse de Colt, lié au clan. Trafiquants de meth, membres du KKK, relations troubles au sein de la famille, tout pour plaire. La traque peut commencer.
Je ne vais pas aller plus loin, c'est une histoire qu'il faut découvrir une péripétie après l'autre. Mention spéciale aussi pour la shérif du coin qui fait ce qu'elle peut, c'est-à-dire pas grand chose. Inutile de préciser que dans ce contexte, les femmes n'ont pas la vie facile.
La région des Ozarks a l'air particulièrement difficile à vivre et inhospitalière, ravagée par le chômage. Ce contexte est un élément de suspense de plus. Je dois dire que j'ai été sonnée par un basculement final que je n'avais pas vu venir.
Un livre que je n'ai pas lâché malgré sa dureté et je suis prête à continuer avec l'auteur.
L'avis d'Alex
Merci à Masse Critique de Babelio
Eli Cranor - Chiens des Ozarks - 312 pages
Traduit par Emmanuelle Heurtebize
10/18 - 2026

Commentaires
Un roman qui semble assez sombre,mais qui t'a tenue en haleine...donc je le note,de plus un auteur inconnu pour moi....
A demain Aifelle...
J'ai vu qu'il était sorti en poche et j'ai hésité, me souvenant d'avis contradictoires à son sujet. Tu m'as convaincue...
J'ai adoré, je suis d'ailleurs en plein dans le 2ème, A la chaine :)
ça fait plusieurs fois que je vois passer cet auteurs sur les blogs. Il y a aussi des billets sur son dernier roman (À la chaîne) chez Nicole et Belette. Si je me souviens bien, ils sont assez élogieux aussi.
Je l'avais emprunté à la bibliothèque mais finalement, je ne l'ai pas lu : trop sombre, trop de similitudes avec Chris Offutt ou d'aurtes livres déjà lus.
Je suis toujours un peu sceptique avec les romans américains qui peinent souvent à me convaincre (même s'il y en a de très très bons) donc j'hésite à découvrir de nouvelles têtes mais ta chronique suscite ma curiosité.
il y a vraiment un genre américain : les romans dans une Amérique profonde, rurale et violente. Cette Amérique là inspire vraiment les écrivains.