
"Quand le grand-père s'est tourné vers Tom et moi, tout mon désespoir s'est envolé. Le visage rougeoyant, il s'est penché sur moi avec ses petits yeux rieurs jusqu'à ce que son ventre presse ma poitrine. Soudain j'étais à l'abri de la tempête, protégé par son corps qui barrait le vent. Son pardessus sentait le feu de bois et il avait la moustache gelée. Il a tendu ses mains noueuses et je lui ai donné mon petit frère. La neige virevoltant autour de nous, il a pris le petit paquet, dégagé tendrement le bout de châle couvrant le visage de Tom et lui a caressé les cheveux. La joie battait à me faire mal dans ma poitrine".
Au vu de la couverture, je me faisais une idée assez bucolique de ce roman, une vie de rêve au fin fond de la nature suédoise. Bon, laissons cela de côté, nous sommes loin du rêve et l'histoire est plutôt sombre.
Elle est racontée par Eder (Ed) avec l'inévitable construction par époques. D'abord les années 30, puis 1950, et enfin 2024 où Ed est devenu un vieil homme que la mémoire fuit. Il ne lui reste plus que quelques bribes de sa vie qui lui permettent de balayer une existence de presque 90 ans.
Au début de l'histoire, Ed a quatre ans et son petit frère Tom vient de naître. Leur mère Bénédikte, n'arrive pas à s'en sortir seule. Elle ne trouve plus de travail, donc plus de logement et n'a d'autre solution que de se vendre pour nourrir les enfants.
Elle est contrainte de faire ce qu'elle avait juré de ne jamais faire : retourner d'où sa mère et elle sont venues et demander l'hospitalité à son grand-père qui vit dans les forêts du Hälsingland.
Les enfants passent d'une existence sordide à une vie simple auprès du grand-père, Heimer, qui leur apprend un tas de choses. Ils découvrent la forêt, un lac, mille et une astuces pour s'en sortir avec peu de moyens. Le grand-père est solide et veille sur eux. Ils mangent à leur faim. Heureusement puisque leur mère est totalement absente, repliée sur ses échecs qu'elle noie dans la bouteille.
Un des meilleurs aspects du roman est l'amour d'Eder pour son petit frère. Il est là pour le protéger, lui éviter les pires moments. Nous comprenons assez vite qu'il porte une culpabilité énorme pour ne pas avoir réussi, sans savoir pourquoi.
On comprend aussi que l'ambiance est lourde avec les voisins d'à côté, les Torsåker. Il y a la grand-mère, le fils Jon, le petit-fils "Petit-Lennard". Il s'est passé quelque chose qui empêchait Benedikte de revenir, mais il faudra attendre presque 500 pages pour savoir quoi.
Je suis partagée sur cette lecture. Hormis le passage où le grand-père s'occupe d'eux, les deux garçons sont victimes d'épreuves qui fendent le coeur, les souffrances s'accumulent, insupportables. Ils se débrouillent presque seuls et leur fidélité à leur mère est touchante vu son désintérêt à elle, toujours ivre.
L'autrice nous fait miroiter des secrets qui n'en finissent pas d'arriver, c'est long, la narration tourne en rond. Je ne me suis pas ennuyée, c'est bien écrit, les personnages attachants, mais je me suis souvent dit "on avance quand ?".
Une autre faiblesse est le peu de crédibilité parfois dans les propos des garçons. On peut considérer qu'ils n'ont pas d'enfance, on leur inflige des souffrances majeures, ça fait mûrir vite, mais ils tiennent parfois des raisonnements très au-dessus de leur âge.
Eder, jeune adulte, aura la possibilité de vivre un amour réparateur ; il s'en empêchera d'abord lui-même, plombé par une culpabilité qui ne devrait pas être la sienne.
Lorsque le dénouement arrive, je l'ai trouvé très alambiqué. La barque est vraiment chargée. Je suis critique sur certains points et pourtant globalement j'ai aimé ce roman pour son écriture et ses personnages, si humains.
Avec cette lecture, je participe au challenge de Moka "Quatre saisons de pavés"

Lina Nordquist - Là où nous avons existé - 528 pages
Traduit du suédois par Marina Heide
10/18 - 2026
Commentaires
Je ne connais pas cette "écrivaine, physiologiste et femme politique suédoise", comme lu sur Babelio. L'extrait que tu cites est touchant. Ce n'est pas facile de rendre avec justesse l'état d'esprit de l'enfance. Bonne journée, Aifelle.
J'ai choisi volontairement un extrait avec le grand-père, seul moment de calme et de protection dans la jeune vie des garçons. Le style de l'autrice est touchant, mais régulièrement je n'en pouvais plus des scènes de violence dont ils étaient victimes. Il me semble que l'autrice a voulu mettre trop de choses dans son roman, j'ai eu un sentiment de trop-plein. Ceci dit, je n'hésiterai pas à refaire une tentative avec un autre titre.
Bon ben, on ne peut pas dire que tu donnes franchement envie :-D
Je ne déconseille pas non plus ! il y a pléthore d'avis positifs sur Babelio. C'est le genre de roman que l'on lit avec sa sensibilité propre, son vécu, et ça peut être très différent d'une personne à l'autre.
Euh… je suis réservée. Je suis fatiguée de l’alambiqué en excès …bon jeudi
Vu ce que j'ai écrit, je n'insisterai pas :-)
J'ai très bien suivi toutes tes hésitations et en même temps ton plaisir de lecture. Moi aussi, je suis très agacée quand l'auteur annonce quelque chose qui n'arrive que 500 pages plus tard . Dans ce cas là je lis la fin pour enlever ce poids de l'attente qui ne m'apporte rien.
Après coup, j'ai pensé que j'aurais pu au moins survoler la fin pour faire baisser la pression et arrêter de me plaindre que ça n'en finissait pas. Une centaine de pages en moins n'aurait pas nui à l'histoire.
S'il y a une chose qui m'agace et peut me faire abandonner une lecture, c'est lorsque l'auteur "fait miroiter des secrets qui n'en finissent pas d'arriver", Parfois, ça obéit à une certaine logique de différer ainsi, parfois non...
Il y ici plusieurs secrets, un que l'on devine assez facilement et le final qui vient un peu comme un cheveu sur la soupe. C'est dommage parce que tout du long c'est bien écrit, les personnages sont attachants, mais il manque une certaine cohérence dans l'ensemble.
Toujours se méfier des Suédois, ils font rarement dans le bucolique lol.
Bon, finalement ce n'était pas une bonne pioche.
Il est vrai que nous abordons la littérature suédoise plutôt par le volet policier, qui en général ne fait pas de cadeau. Mais la vie dans des coins reculés n'était pas rose non plus et une certaine misère faisait des dégâts. Nous sommes loin de l'image sociale avancée qu'ils ont aujourd'hui.
Je ne connais pas du tout et tu n'es pas assez enthousiaste pour que je note ce livre.
Je ne peux pas dire que j'ai été pleinement convaincue par ce livre, même si je lui ai trouvé des qualités.
Ah ouhla, j'ai vécu il n'y a pas si longtemps ce "c'est sympa mais ça avance quand" alors avec un pavé, je vais éviter.^^
On sent l'expérience malheureuse ;-)
Disons que lire ce qui ressemble à un pavé sans vraiment accrocher, je pense que ce n’est pas pour moi. Mais je connais pas l auteure. Il y a peut-être des récits plus courts !
Son premier roman "Celui qui a vu la forêt grandir" fait plus de 400 pages et a l'air construit à peu près de la même manière. Je tenterai peut-être à la bibliothèque, mais plus tard.
D'un côté tu as terminé ce pavé, donc il doit avoir ses qualités, d'un autre je ne sens pas ton enthousiasme...
C'est exactement ça ; après chacun se fait son idée et se lance .. ou pas.
Je vais passer, un pavé qui traine en longueur avec une barque chargée de malheurs, pas envie de me lancer ... En plus, je peux faire une fixette sur le narrateur de 90 ans dont la mémoire vacille et qui raconte sa vie quand même ..
Tu soulignes un décalage, il y en a d'autres qui nuisent à la crédibilité de l'ensemble, il ne faut pas être trop à cheval sur la cohérence parfois. Le côté positif c'est que je me suis attachée aux personnages, surtout le grand-père et les deux enfants et je voulais savoir ce qui leur était arrivé.
Dommage, ça partait bien.
Oui, encore que les 70 premières pages sont très dures, c'est du Zola !
Je crois que certains abordés sont très ancrés dans la culture suédoise: l'enfance, la forêt, la nature qui peut devenir inquiétante, etc.
Je crois aussi qu'il y a une sorte de mode actuellement sur ce genre d'histoire.. Pourquoi pas, à condition de sortir des sentiers battus.
Ton avis est mitigé donc livre non retenu,toujours envie de lectures plus "cool" en ce moment..
De plus j'ai acheté encore 2 romans,bonne résolution non tenue...je suis incorrigible!!!
Je crois que c'est incurable ! De mon côté, en plus, j'emprunte beaucoup à la bibliothèque et je rends sans avoir lu dans les délais ..
Oh là là, ça fait trop de bémols (dont certains qui me rappellent ma lecture récente de "Je pleur encore la beauté du monde", que j'ai pourtant dans l'ensemble aimé, comme toi avec celui-là) pour que je retienne ce titre..
Il y a des lectures, comme celle-là, qui nous laissent ambivalentes. J'aimerais bien avoir un autre avis, mais je me rends compte que je n'ai pas donné tellement envie.
Si tu dis "on avance quand", je ne commence pas !!!!
Je ne peux pas nier que je l'ai dit souvent .. C'est dommage, ça aurait pu faire un excellent roman. C'est une jeune autrice, voyons ce qu'elle fera par la suite.
La barque a l'air tout de même très chargée.
Trop à mon goût et trop alambiqué.
Je viens de lire un billet un livre suédois ( sur les sames) chez Alexandra. Décidément, tout n'est pas rose en Suède ! C'est dommage que tu aies tant de restrictions car le bouquin semble intéressant par certains aspects.
Il y a beaucoup d'avis positifs sur Babelio, certains l'ont lu en apnée. L'écriture est belle c'est certain et les passages avec le grand-père sont superbes. C'est quand même une lecture que je ne regrette pas d'avoir fait.
Je suis toujours un peu embêtée quand les narrateurs sont des enfants avec des réflexions (et un vocabulaire) qui n'est pas du tout cohérent avec leur âge. je veux bien que certaines circonstances font mûrir plus vite, mais quand même. Bon, je ne me précipiterai pas sur ce texte. Bonne semaine!
Je me suis souvent reportée à leur âge en me disant que l'autrice avait poussé un peu loin leur maturité et leur expression. Eder surtout se comporte avec son petit frère comme sa mère devrait le faire, au delà de ce que l'on peut demander à un enfant.