
"Ouvrant dans le train la nouvelle biographie de Frida Kahlo qu'elle venait d'acheter, elle a lu trois fois la première page sans arriver à se concentrer, et décidé alors que ce livre lui servirait de rempart, au cas où quelqu'un essaierait d'engager la conversation, ce qu'elle désirait éviter. En chemin, elle s'est rappelé les nombreux allers et retours de sa jeunesse. Ces jours-ci, sa mère n'était jamais très loin de ses pensées. Elle avait quarante-six ans au moment de sa mort. Au début de sa ménopause, supposait Sarah. A l'époque, elle était trop jeune pour saisir ce que cela représentait pour une femme, et moins encore s'il s'agissait de sa mère".
Avec un titre pareil, je m'attendais à me retrouver à Venise, en fait c'est trompeur, une grande partie de l'histoire se déroule dans l'Etat de New-York, à Thomaston, petite ville au brillant passé industriel, maintenant révolu après la fermeture de la tannerie, entre parenthèses responsable du nombre conséquent de cancers locaux.
Je ne reste jamais très longtemps sans lire un Russo, ma liste de ceux qui restent va bientôt être épuisée, donc je me réjouissais d'avoir 800 pages devant moi.
J'ai eu des coups de mou durant ma lecture, qui passaient assez vite en y revenant. La minutie avec laquelle l'auteur nous décrit la vie de ses personnages est parfois longuette, mais c'est toujours un régal de découvrir au fil des pages les tenants et les aboutissants de certaines décisions.
Nous suivons principalement deux amis, Lou Lynch alias Lucy et Bobby, de l'enfance à l'âge mûr. La narration est éclatée en un mélange de périodes et de narrateurs, sans que l'on s'y perde.
Lou Lynch est un garçon assez falot, plutôt peureux, naïf, à l'image de son père. Une scène traumatisante le définira pour longtemps sans qu'il y trouve une signification claire, elle court à travers le livre. Tout comme son amitié chaotique avec Bobby, qui choisit de fuir Thomaston où rien de bon ne l'attend. Il deviendra un peintre connu sous le nom de Noonan et résidera essentiellement à Venise. Voilà le lien avec le pont des soupirs ..
Autour de ces deux garçons gravitent un nombre conséquent de personnages, surtout les femmes, Tessa et Sarah, colonnes vertébrales des couples.
C'est grâce à Tessa que Lou Lynch père pourra acquérir une petite épicerie "chez Ikey" point central du livre, qui prospérera au point de devenir trois établissements à l'époque du petit-fils. Ce qui caractérise les trois générations d'hommes, c'est leur incurable gentillesse dans un monde qui ne fait pas de cadeaux. Heureusement que les femmes sont là pour les rappeler à la réalité.
Les personnages qui gravitent autour d'eux ne manquent pas de sel, fantaisie ou quasi-folie pour certains. A cet égard le père de Sarah est un cas, on se demande jusqu'où il ira. Idem pour le père de Bobby. Certaines situations qui paraissent troubles ne s'éclaireront qu'à la toute fin du livre et une fois de plus j'admirerai l'habileté de l'auteur à nous laisser sans explication jusqu'à la dernière minute, pour mieux la mettre en lumière le moment venu.
Comme dans ses précédents romans, à travers une famille et une petite ville caractéristique de l'Amérique laissée pour compte, l'auteur nous parle plus largement de l'état de la société et de la manière de chaque individu de s'y adapter ou d'y végéter.
Ce n'est pas mon préféré de l'auteur, mais c'est un bon cru.
L'avis de Antigone Ingannmic Keisha Krol Sandrion


Participation aux challenges "sous les pavés, les pages" chez Ingannmic et Athalie
et "Le pavé de l'automne" chez Moka
Richard Russo - Le pont des soupirs - 831 pages
Traduit de l'américain par Jean-Luc Piningre
10/18 - 2010
Commentaires
J'en garde surtout le souvenir d'une lecture laborieuse (oui, les longueurs...), malgré ses qualités... et c'est noté pour ta participation.
Merci Ingannmic, j'allais t'envoyer le lien. J'ai vu que tu n'avais pas été emballée par ce roman ; si j'avais fait la connaissance de l'auteur avec ce titre-là, pas sûr que j'aurais continué.
J'aime bien cet auteur moi aussi et comme toi quand je commence à me lasser des nouveautés qui ne me plaisent qu'à moitié je reviens vers lui , mais je n'ai pas (encore) lu ce roman.
Avec cet auteur, on sait ce que l'on va trouver ; il n'y en a qu'un qui m'a paru trop déprimant, sinon j'ai tout aimé jusqu'à présent.
Richard Russo, un auteur à me remettre au programme...
Tôt ou tard on y revient :-)
Le en VO et coup de coeur, pour moi. je suis très faible avec Russo...
Je te comprends ; j'ai mis du temps à le découvrir, il a fallu le premier confinement, mais après je savais que j'allais continuer (quand je pense que je suis passée devant lui au festival America et que je ne me suis même pas arrêtée alors qu'il attendait les lecteurs ... je ne l'avais pas encore lu).
Je ne connais pas l'auteur, mais apparemment il ne faut pas commencer par celui-ci.
J'ai découvert l'auteur avec "Un homme presque parfait" et ça reste mon préféré.
Je l'ai lu aussi et je partage ton point de vue, pas le meilleur mais quand même on ne boude pas son plaisir !
J'ai trouvé ton billet, nous partageons quasiment le même avis. Un Russo un peu moins bon reste une très bonne lecture par rapport à bien d'autres auteurs.
Je me souviens des billets un peu moins enthousiastes qu'à l'habitude pour ce roman de Richard Russo et je vois que ce n'est pas ton préféré non plus. Il m'en reste encore quelques-uns à lire sous le coude, donc je ne me précipiterai pas sur celui-là.
Lorsque tu n'en as plus devant toi, tu es quand même très contente d'avoir encore celui-ci :-)
C'est un auteur que j'ai découvert sur vos blogs, aux unes et aux autres, et que j'ai noté comme à lire impérativement. Mais je n'en ai pas encore trouvé le temps !
Il m'a fallu le premier confinement pour m'y mettre, mais quel plaisir, j'avais au moins la certitude de retrouver une excellente lecture. J'espère que tu t'y mettras en des temps moins compliqués.
Tiens une idée d’auteur pour changer. J’aime bien revenir à cet auteur de temps en temps ! Bon dimanche
C'est toujours un plaisir de le retrouver lui et ses personnages plus ou moins bancals :-)
Je me rappelle l'avoir lu (merci pour le clin d'oeil).
On revient toujours tôt au tard à l'univers de Russo, tellement personnel.
L'histoire me disait quelque chose. Je pensais l'avoir lu, mais non.
Richard Russo reprend toujours plus ou moins la même trame : une petite ville américaine en décrépitude, des loosers qui y restent et végètent, de nombreux personnages et ramifications.
Le seul roman de Richard Russo que je n'ai pas fini ! Et je ne l'ai même pas gardé pour lui donner une deuxième chance !
Je peux comprendre. J'ai lu les 3/4 du roman et j'ai laissé de côté. Je trouvais qu'il tournait en rond, qu'il n'y avait plus de dynamique. Mais j'avais du mal à abandonner complètement après 500 pages. Je l'ai repris trois semaines plus tard et c'est reparti à l'aise jusqu'au bout. C'est bizarre nos lectures parfois.
Il y a si longtemps que je n'ai plus rien lu de ce romancier. Pourtant j'avais aimé "Le déclin de l'empire Whiting". Je note son nom pour le prochain passage à la bibliothèque, pas ce titre qui semble décevoir.
C'est sa trilogie que je préfère, avec le personnage de Sully, inénarrable .. Le premier s'appelle "Un homme presque parfait". J'ai découvert Richard Russo avec celui-ci et je ne l'ai plus lâché.
Le thème me plait bien mais 831 pages avec en plus quelques petites longueurs... je ne noterai pas ce titre mais simplement le nom de cet auteur, à bientôt, belle semaine à toi. brigitte
Ce n'est pas le meilleur pour commencer avec l'auteur. Vois mon conseil à Tania au-dessus. J'aime beaucoup son univers et la profondeur de ses personnages. Nous sommes loin de l'Amérique qui gagne.
Encore une lacune pour moi ! A quand le congé spécial lectures ?
Une petite année sabbatique ? ;-)