"Certains types font peur parce qu'ils donnent l'impression de s'en foutre. Certains types font peur parce qu'il est évident qu'ils sont armés. Certains types font peur parce qu'ils sont taillés comme un arbre. Ce type qui foudroyait Chicky du regard réunissait les trois critères à la fois. Son compagnon silencieux était tout aussi effrayant, et semblait tellement idiot par-dessus le marché que c'en était presque amusant. Presque. Chicky savait par expérience que les idiots étaient ceux dont il fallait se méfier".
L'action de ce roman gravite essentiellement autour d'un immeuble de luxe à New-York, en bordure de Central Park, le Bohemia. Celui-ci a connu son heure de gloire, abritant surtout des artistes. De nos jours, il est passé dans les mains de financiers ou rois de la tech, moins fantaisistes.
Le travail reste le même pour Chicky Diaz, portier depuis trente ans. Voir tout, se taire et servir. Dans sa vie privée Chick est dans une mauvaise passe. Endetté depuis la maladie et la mort de sa femme, il met un point d'honneur à payer les études de ses filles qu'il ne voit guère.
Dans les luxueux appartements du Bohemia, ce n'est pas mieux, avec des propriétaires englués dans des problèmes d'ultra-riches, de l'argent pas toujours bien gagné, des femmes superbes mais aux ordres de leur mari comme Emily, pas dupe de ce qu'elle est devenue, mais soucieuse de garder son niveau de vie.
A travers Chicky, l'auteur prend le temps de détailler le caractère de chacun, avant que les évènements se déchaînent. Un jeune noir est abattu pas loin du Bohemia et ce drame va déclencher un séisme au sein du vénérable bâtiment. Je précise que tous les propriétaires des appartements sont blancs et tout le personnel de service est noir.
Le principal intérêt de ce polar est le choc de deux Amériques aux extrêmes. La grande pauvreté, le racisme subi depuis toujours d'un côté ; de l'autre des ultra-riches arrogants, sûrs de leur place dans la société, privilégiés à plus d'un titre et prêts à tout pour le rester et se débarrasser de n'importe quel gêneur.
Il y a une certaine lenteur dans l'intrigue, des indices du drame futur sont distillés par-ci, par-là, on discute wokisme, on évoque Trump, on s'attarde sur les états d'âme des uns et des autres, et dans le dernier tiers le rythme s'emballe, réservant quelques surprises de dernière minute. La mafia n'est jamais loin.
Je n'ai pas grand chose à dire sur le style, par contre j'ai apprécié la galerie de personnages secondaires, bien vus et portraiturés. La polarisation de la société poussée à son maximum exacerbe les rancoeurs et les conflits. Des deux côtés, les personnages ne sont pas des enfants de choeur, il y aura des morts.
"Voilà comment Whit avait acquis une richesse obscène : en exploitant l'invention de quelqu'un d'autre et en utilisant des relations, nouées grâce à une coûteuse éducation financée par de l'argent hérité, afin de transférer l'argent des contribuables de la classe ouvrière vers son propre compte en banque. Whit avait réussi à se persuader qu'il devait en être fier"
Ce n'est pas un coup de coeur, mais un polar qui se suit avec un certain intérêt, difficile à lâcher dans les derniers chapitres.
L'avis d'Alex
Participation au Pavé de l'été chez Moka
Et aux pavés de l'été 2026 chez Sybilline
Chris Pavone - le portier - 528 pages
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Esch
Gallimard - Série noire - 2006



Commentaires
J’ai déjà repéré cet auteur puis je l’ai oublié et tu m’y fais repenser à nouveau ! Bisous
Ce n'est pas le chef d'oeuvre de l'année, mais ça se lit bien et c'est le contexte actuel des Etats-Unis qui m'intéressait.
Je ne connais pas cet auteur,je le note le thème me plait...
Heureuse de voir ce billet à nouveau sur tes lectures!!!
Je vais essayer de reprendre un rythme normal ; j'ai pas mal de billets en retard.
Bravo pour avoir pris le départ ! :-) Le lien ne fonctionne pas. C'est https://la-petite-liste.blogspot.com/search/label/Challenge%20PAV%C3%89S%20DE%20L%E2%80%99%C3%89T%C3%89%202026
Oups ! c'est réparé, j'ai mis le bon lien.
Je vois "meilleur thriller de l'année" sur le bandeau. J'ai l'impression qu'il y en a eu plusieurs déjà.^^ Un polar qui a ses qualités et explore des thèmes plutôt intéressants, mais pas non plus foudroyant donc.
Tu as bien compris, rien d'exceptionnel, mais une bonne lecture d'été, surtout à cause du contexte, Pour le reste il ne faut pas trop s'attarder sur des coïncidences plutôt faciles .. Ah ces bandeaux, ils sont vraiment très énervants.
pavé de l'été, cela m'a découragée de noter malgré ce que tu en dis
Je comprends, il y a des moments où le nombre de pages me décourage aussi.
Je pensais l'avoir vu en bibli, ben non, rien. Peu importe, je le verrai peut être un jour... Tu n'es pas assez enthousiaste pour que je fonce en librairie..; ^_^
Tu peux éviter l'achat en effet. Demande le à une de tes bibliothèques.
Je ne connaissais pas l'auteur ni ce titre et j'ai en plus raté le billet d'Alex. Je suis tentée d'autant plus qu'il est dans ma médiathèque en ville alors je viens de l'ajouter à mes longues listes...
C'est bien quand ils sont à la bibliothèque, on peut tenter sans prendre de risques.
J'hésite ... L'idée de l'immeuble et du portier me disent bien ... Un polar difficile à lâcher mais je crains quand même la caricature ... Bref, je note quand même, peut-être pour les lectures urbaines ?
Ça peut paraître caricatural, mais l'Amérique de Trump ne l'est-elle pas ? Le choc de deux univers si éloignés est crédible et Chick vivant là depuis trente ans, on a une description intéressante des différentes phases traversées par la ville.
Mais oui, j'ai lu un autre polar de l'auteur ! "Deux nuits à Lisbonne", dont le cadre est bien différent, tu t'en doutes. J'avais aimé, sans plus, et pas commenté. Là, "le choc de deux Amériques" ça me plairait plus, sans doute.
Je pense qu'il te plairait en effet. Il y a des invraisemblances comme trop souvent dans les polars, mais ça passe. "Deux nuits à Lisbonne" est à la bibliothèque. Je l'emprunterai peut-être un jour.
Je l'ai en effet vu passer chez Alex, et je suis intéressée par le contexte.. à retenir pour l'Hiver polar.
Très bonne idée. Ce serait le moment.
Ah pavé! C'est que j'ai un très très gros pavé en vue : Consuelo, je passe mon tour pour l'instant. on verra après.
Je viens d'aller voir, plus de 900 pages pour Consuelo, on peut vraiment parler d'un pavé ... ça suffit pour l'été.
Un pavé + une critique mitigée = je passe mon tour malgré ce "meilleur thriller de l'année".
A + !
Laisse-moi rire avec les bandeaux, il déniche le meilleur livre de l'année tous les huit jours :-)
Grâce à toi, je me tiens au courant des thématiques de polar, un genre de roman qui ne me tente plus du tout. Bonne journée, Aifelle, prends bien soin de toi. Il fait moins chaud aujourd'hui, de quoi bien aérer les intérieurs.
C'est drôle parce que de mon côté c'est le seul genre qui me sort d'éventuelles pannes de lecture. Je préfère quand même ce qu'on appelle maintenant des romans noirs, en général mieux écrits, avec souvent une problématique sociétale ou sociale.
j'aime la toile de fond sur laquelle ce roman policier est construit.
Elle est très actuelle. Inutile de te dire que le niveau de violence est plutôt élevé, tu n'aimerais pas.
Meilleur thriller de l'année ! Rien que ça !
Oui. Il a de sérieux concurrents si l'on en juge les bandeaux !
Rebonjour Aifelle, je viens de l'emprunter en bibliothèque. Je compte bien le lire d'ici la fin de l'été. C'est la quatrième de couv' qui m'a donné envie de le lire. Bonne journée.
Ah très bien. Je suis curieuse d'avoir ton avis. C'est ma libraire qui me l'avait conseillé. Bonne journée.
Pas extraordinaire mais intéressant tout de même au point de vue social et sur le racisme aux Etats-Unis !
Exactement. Le choc des deux milieux permet d'aborder pas mal de sujets actuels. J'ai bien aimé aussi l'évocation d'un New-York plus ancien, livré à la violence.
Ravie que tu aies aimé ce polar lent, et merci pour le lien.
Il a son intérêt et j'avais envie de lire sur l'Amérique de Trump ; Et certains personnages sont attachants.
Bonjour Aifelle ! Je passe sur ton blog te rendre une petite visite. J'espère que tu vas bien.
C'est le genre de roman qui me plairait je pense. J'aime assez quand ça se passe à New York.
Bonsoir Airelle
Je viens juste de voir ton mot de ce 21 août chez Cléanthe où tu signales que des ennuis de santé vont te tenir éloignée du blog un bon moment...
Je te souhaite bon courage et meilleure santé!
(s) ta d loi du cine, "squatter" chez dasola
Aifelle bien sûr (c'est l'IA qui corrige en "Airelle"!)
Merci à toi. J'ai envoyé un mail a Dasola en début de semaine. Je ne sais pas si elle l'a reçu. Je passe un peu sur les blogs quand je peux mais rien de plus.
Ah, ces bandeaux qui nous vendent le meilleur, toujours et encore ! On se laisserait parfois aveugler, mais heureusement, certain(e)s rétablissent la vérité. Pas le meilleur, mais intéressant pour mieux comprendre l'Amérique.
Le bandeau est exagéré, mais je n'ai pas regretté ma lecture pour autant. Elle a son intérêt.